seul, au beau milieu de l'océan ... .  

 

j'ai navigué sur le site hier soir, et ce matin,

j'ai pratiqué un geste trop longtemps délaissé :

 

j'ai promené ma main le long de nos bouquins, en ai tiré un " au hasard ",

l'ai ouvert

 

je vous laisse le soin de goûter ce silence

et vous souhaite de le vivre très prochainement  :

 

avez-vous déjà flotté seul, tout seul, au beau milieu  de l'océan ?

vous êtes-vous laissé bercer des heures non comme un hominien nanti

de son inaliénable gravité mais comme un animal - mieux, un animalcule -

abandonné aux vagues, aux écumes, aux courants de la mer ?

 

étendre son corps dans le large, sentir en soi ce sang iodé,

ce fluide issu des eaux d'avant la terre et cette chair légère,

transparente et comme ramifiée ... .

 

ainsi, après ma remontée de la nuit abyssale,

me sentis-je flotter entre les nuages des embruns.

le monde n'était plus qu'espace, clarté, ciel infini

et je compris ce que signifiait l'expression : être amphibie

 

j'étais et je vivais entre deux mondes, celui des mers,

celui des airs, je respirais à l'aise en chacun d'eux

 

comme ces poissons des mers lointaines, des terres lacustres,

qui peuvent aussi respirer l'air, qui ont et poumons et branchies

- le cératode d'australie, le protoptère d'afrique -

( seuls de tous les poissons à avoir pu réaliser ce rêve fou : vivre hors de l'eau ),

je me sentis dipneuste, à respiration double,

je conjuguais en mes poumons-branchies les délices du vent du large

et les embruns des vagues lourdes

 

je humais l'air, je humais l'eau, et j'étais une fois de plus vivant entre deux mondes

 

je me laissais flotter longtemps ainsi, plongeant quelquefois dans les eaux

pour me rassasier de leur bleu, nageant aux côtés de poissons

folâtres avant de revenir à la surface

 

je croisais des myriades d'animalcules, des nappes de plancton

aux messages embrouillés et jamais, jamais je ne m'étais senti aussi libre,

aussi ivre d'espace

 

la mer entière me prolongeait et l'idée ne me venait pas qu'elle recelait

aussi des monstres carnassiers, des squales qui n'auraient fait

qu'une bouchée de mon corps pélagique

 

mon inconscience me portait tout autant que mes membres

- palmés peut-être -, que mon corps ébauché d'écailles ?

mais je savais, pour les avoir surpris dans le cristal des vagues,

 

que mes yeux restaient bleus ... .     

le pays sous l'écorce de jacques

 

 

sur n'autre chemin de poèmes, de poètes en bohème,

marcher ensemble, en amitié, dans l'onde bonne des mots de claire

vers un termitisme renaissant ... .

 

sentier de termites, parfum de paix ... .

 

le cahier de l'amitié, vaisseau en partance ... .

   vers n'autre île         en bohème     espace poète ... .

avec les maillons poètes, poésie de n'autre boh'aime