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les
mots ... .
l'histoire de cette page commence
dans un café à strasbourg, le rive gauche
deux jeunes se lèvent, s'apprêtent à partir
sont-ils musulmans ?
sont-ils juifs ?
sont ils chrétiens ?
soudain, s'apercevoir qu'ils ont oublié quelque chose,
sur la chaise
leur faire signe
le deuxième revient et nous dit merci
et précise : c'est mon maître
et il ajoute, en regardant son ami,
c'est n'autre maître ... .
pourquoi cette rencontre ?
le paquet oublié ?
un livre !
les mots de jean paul ... .
première émotion furtive
pendant quelques semaines, au hasard des moments libres
rechercher ce livre chez les bouquinistes
et ce samedi matin,
ce m'aime jour où l'on met en fabrique la page " émotions "
tomber dessus, en arrêt
au dessus d'une pile, il nous attend, il tend ses pages,
dans la lumière du soleil d'octobre
pourtant le savoir, ce moment est prévisible,
certain de le trouver, ce livre
mais là, c'est la surprise, l'esprit ailleurs ... .
deuxième émotion expresse
ce livre et maintenant cette page sont un des cinq volets
dans cet espace récent, consacré sur le cahier de l'amitié, à l'émotion
découvrir alors ce livre ?
surtout partager cette émotion qui s'installe de pages en pages !
à travers ses illusions, ses allusions, à travers l'auteur,
à travers sa poésie, sa bohème, ses mots,
retrouver des images de n'autre vie ... .
une émotion grandissante, si prenante
une émotion déferlante, éblouissante
une émotion miroitante ... .
un mot, c'est parfois, une seconde émouvante
et pour n'autre mémoire, cette émotion reste toujours vivifiante
au recto, retrouver le titre : les mots ... .
lire le verso :
" j'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres,
dans le bureau de mon grand-père, il y en a partout ;
défense est de les faire épousseter sauf une fois l'an,
avant la rentrée d'octobre
je ne sais pas encore lire que, déjà, je les révère, ces pierres levées :
droites ou penchées ; serrées comme des briques sur les rayons
de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs,
je sens que la prospérité de notre famille en dépend
l'auteur, n'autre jean paul
raconte son enfance et explique comment à travers les mots,
il a découvert l'existence "
puis ouvrir son livre, au hasard, à la page 97
" tout se passe dans ma tête ; enfant imaginaire, je me défends par l'imagination
quand je revois ma vie, de six à neuf ans, je suis frappé par la continuité
de mes exercices spirituels
ils changèrent souvent de contenu mais le programme ne varia pas ... . "
l'ouvrir normalement, à la première ligne, page 11 :
" en alsace .... un instituteur ... . "
apercevoir le plan du livre, en deux mots :
lire et écrire
page 37, retrouver l'intro du verso :
" j'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres
aller plus loin ... .
je les touche en cachette pour honorer mes mains
de leur poussière mais je n'en sais trop qu'en faire
et j'assiste chaque jour à des cérémonies dont le sens m'échappe :
mon grand père si maladroit, d'habitude, que ma mère lui boutonne les gants -
manie ces objets culturels avec une dextérité d'officiant
je l'ai vu mille fois se lever d'un air absent, faire le tour de sa table
en traverser la pièce en deux enjambées, prendre un volume
sans hésiter, sans se donner le temps de choisir, le feuilleter
en regagnant son fauteuil, après un mouvement combiné du pouce
et de l'index puis, à peine assis, l'ouvrir d'un coup sec " à la bonne page "
en le faisant craquer comme un soulier ... .
page 40
... . je prends les deux petits volumes, je les flaire,
je les palpe, les ouvre négligemment " à la bonne page " en les faisant craquer
en vain : je n'ai pas le sentiment de les posséder
j'essayai sans plus de succès de les traiter en poupées, de les bercer,
de les embrasser ... .
au bord des larmes, je finis par les poser sur les genoux de ma mère :
- que veux-tu que je te lise, mon chéri ? les fées ?
je demande, incrédules : les fées, c'est là-dedans ?
... . au bout d'un instant j'ai compris : c'est le livre qui parle
des phrases en sortent qui me font peur : ce sont de vrais mille pattes,
elle grouillent de syllabes et de lettres, étirent leurs diphtongues,
font vibrer les doubles consonnes ; chantantes, nasales, coupées de pauses
et de soupirs, riches en mots inconnus, elles s'enchantent d'elles-m'aimes
et de leurs méandres sans se soucier de moi : quelquefois elles disparaissent
avant que j'eusse pu les comprendre, d'autres fois j'ai compris d'avance
et elles continuent de rouler noblement vers leurs fins
sans me faire grâce d'une virgule
page 44
... . je n'ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n'ai pas herborisé,
ni lancé des pierres aux oiseaux
mais les livres sont mes oiseaux et mes nids,
mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne
la bibliothèque, c'est le monde pris dans un miroir
elle en a l'épaisseur infinie, la variété, l'imprévisibilité
je me lance dans d'incroyables aventures :
il faut grimper sur les chaises, sur les tables,
au risque de provoquer des avalanches qui m'eussent enseveli
les ouvrages du rayon supérieur restent longtemps hors de ma portée ;
d'autres, à peine je les ai découverts, me sont ôtés des mains ;
d'autres, encore, se cachent : je les ai pris, j'en ai commencé la lecture,
je crois les avoir remis en place, il faut une semaine pour les retrouver
je fis d'horribles rencontres : j'ouvre un album,
je tombe sur une planche en couleurs,
des insectes hideux grouillent sous ma vue ... .
page 116, à la fin du chapitre " lire"
je fus sauvé par mon grand-père ... .
page 121, ses premières écritures
à peine eus-je commencé d'écrire, je pose ma plume pour jubiler
l'imposture est la m'aime mais j'ai dit que je tiens les mots
pour leur quintessence des choses
rien ne me trouble plus que de voir mes pattes de mouche
s'échanger peu à peu leur luisance de feux follets
contre la terne consistance de la matière : c'est la réalisation de l'imaginaire
pris au piège de la nomination, un lion ... .
je me fais donner un cahier, une bouteille d'encre violette,
j'inscris sur la couverture : cahier de romans
le premier que je mène à bout, je l'intitule : pour un papillon
un savant, sa fille, un jeune explorateur athlétique
remontent le cours de l'amazone en quête d'un papillon précieux ... .
l'argument, les personnages, le détail des aventures, le titre m'aime
j'ai tout emprunté à un récit en images paru le trimestre précédent
ce plagiat délibéré me délivre de mes dernières inquiétudes :
tout est forcément vrai puisque je n'invente rien
je n'ambitionne pas d'être publié mais je me suis arrangé
pour qu'on m'eût imprimé d'avance
et je ne trace pas une ligne que mon modèle ne cautionnât
page 122
... . je me tiens pour un copiste ?
non : mais pour un auteur original : je retouche, je rajeunis ;
par exemple, j'ai pris soin de changer les noms des personnages
ces légères altérations m'autorisent à confondre la mémoire et l'imagination
neuves et toutes écrites, des phrases se reforment dans ma tête
avec l'implacable sûreté qu'on prête à l'inspiration
je les transcris, elles prennent sous mes yeux la densité des choses
si l'auteur inspiré, comme on croit communément,
est autre que soi au plus profond de soi-m'aime,
j'ai connu l'inspiration entre sept et huit ans
je ne suis jamais tout à fait dupe de cette écriture automatique
mais le jeu me plait aussi pour lui m'aime : père unique, je peux y jouer seul
par moments, j'arrête ma main, je feins d'hésiter pour me sentir,
front sourcilleux, regard halluciné, un écrivain
page 125
... . j'écris pour mon plaisir
mes intrigues se compliquent, j'y fais entrer le épisodes les plus divers,
je déverse toutes mes lectures, les bonnes et les mauvaises, pêle-mêle,
dans ces fourre-tout
les récits en souffrent
c'est un gain, pourtant : il faut inventer des raccords, et, du coup,
je deviens un peu moins plagiaire
et je me dédouble ... .
page 146
... . cela m'arrange, m'aime, d'être à la fois cadeau du ciel et fils de mes oeuvres
les jours de bonne humeur, tout vient de moi, je me suis tiré du néant
par mes propres forces pour apporter aux hommes les lectures qu'ils souhaitent
aux heures désolées, quand je sens l'écoeurante fadeur de ma disponibilité,
je ne peux me calmer qu'en forçant sur la prédestination : je convoque l'espèce
et lui refile la responsabilité de ma vie
je ne suis que le produit d'une existence collective
la plupart du temps, je ménage la paix de mon coeur
en prenant soin de ne jamais tout à fait exclure
ni la liberté qui exalte
ni la nécessité qui justifie
page 151
je deviens cathare, je confonds la littérature avec la prière,
j'en fais un sacrifice humain
page 152
tout me parait simple :
écrire, c'est augmenter d'une perle le sautoir des muses,
laisser à la postérité le souvenir d'une vie exemplaire, défendre le peuple
contre lui-m'aime et contre ses ennemis, attirer sur les hommes
par une messe solennelle la bénédiction du ciel
l'idée ne me vient pas qu'on peut écrire pour être lu
page 154
l'écriture, mon travail noir, ne renvoie à rien et , du coup,
se prend elle m'aime pour fin : j'écris pour écrire
je ne le regrette pas : eussé-je été lu, je tente de plaire,
je deviens merveilleux
clandestin, je suis vrai ... .
page 160
un jour, enfin, j'entre dans un café pour m'abriter de la pluie,
j'avise une gazette qui traîne et que vois-je ?
" jean paul ... . l'écrivain masqué, le chantre d'aurillac, le poète de la mer "
à la trois, sur six colonnes, en capitales
j'exulte
non : je suis voluptueusement mélancolique
page 161
une chose me frappe dans ce récit mille fois répété :
du jour où je vois mon nom sur le journal, un ressort se brise, je suis fini ;
je jouis tristement de mon renom mais je n'écris plus
page 163
nos intentions profondes sont des projets et des fuites inséparablement liés :
l'entreprise folle d'écrire pour me faire pardonner mon existence,
je vois bien qu'elle a ,en dépit des vantardises et des mensonges, quelque réalité :
la preuve en est que j'écris encore, cinquante ans après ... .
ma vocation changea tout : les coups d'épée s'envolent, les écrits restent,
je découvre que le donateur, dans les belles lettres, peut se transformer
en son propre don, c'est à dire en objet pur
le hasard m'a fait homme, la générosité me fera livre
je peux couler ma babillarde, ma conscience,
dans des caractères de bronze, remplacer le bruit de ma vie
par des inscriptions ineffables, ma chair par un style,
les molle spirales du temps par l'éternité ... .
je n'écris pas pour le plaisir d'écrire
mais pour tailler ce corps de gloire dans les mots ... .
pour renaître,
il faut écrire, pour écrire, il faut un cerveau, des yeux, des bras;
le travail terminé, ces organes se résorbent d'eux-m'aimes
une larve éclate, vingt cinq pallions in-folio s'en échappent,
battant de toutes leurs pages pour s'aller poser
sur un rayon de la bibliothèque nationale
ces papillons ne sont autres que moi
moi : vingt cinq tomes, dix huit mille pages de textes,
trois cents gravures dont le portrait de l'auteur
mes os sont de cuir et de carton
ma chair parcheminée sent la colle et le champignon,
à travers soixante kilos de papier je me carre, tout à l'aise
je renais,
je deviens enfin un homme, pensant, parlant, chantant, tonitruant,
qui affirme avec l'inertie péremptoire de la matière
on me prend, on m'ouvre, on m'étale sur la table,
on me lisse du plat de la main et parfois on me fait craquer
je me laisse faire
et puis tout à coup je fulgure, j'éblouis, je m'impose à distance,
mes pouvoirs traversent l'espace et le temps, foudroient les méchants,
protègent les bons
nul ne peut m'oublier, ni me passer sous silence :
je suis un grand fétiche maniable et terrible
ma conscience est en miettes : tant mieux
d'autres consciences m'ont pris en charge
on me lit, je saute aux yeux
on me parle, je suis dans touts les bouches, langue universelle et singulière
dans des millions de regards je me fais curiosité prospective
pour celui qui sait m'aimer, je suis son inquiétude la plus intime mais,
s'il veut me toucher, je m'efface et je disparais :
je n'existe plus nulle part, je suis , enfin !
je suis partout : parasite de l'humanité, mes bienfaits la rongent
et l'obligent sans cesse à ressusciter mon absence ... .
page 174
... . après avoir lu ce qui précède, un ami me considère d'un air inquiet :
vous êtes, me dit-il, encore plus atteint que je n'imagine
atteint ?
je ne sais trop
mon délire est manifestement travaillé
à mes yeux, la question principale est plutôt celle de la sincérité
à neuf ans, je reste en deçà d'elle ; ensuite je vais bien au-delà ... .
au début, je suis sain comme l'oeil : un petit truqueur qui sait s'arrêter à temps
mais je m'applique : jusque dans le bluff, je reste un fort en thème
je tiens aujourd'hui mes batelages pour des exercices spirituels
et mon insincérité pour la caricature d'une sincérité totale
qui me frôle sans cesse et m'échappe
je n'ai pas choisi ma vocation : d'autres me l'ont imposée
en fait, il n'y a rien eu : des mots en l'air ... .
page 199
je suis un traite et je le suis resté
j'ai beau me mettre entier dans ce que j'entreprends,
me donner sans réserve au travail, à la colère, à l'amitié,
dans un instant, je me renierai, je le sais, je le veux et je me trahis déjà,
en pleine passion, par le sentiment joyeux de ma trahison future
en gros, je tiens mes engagements comme un autre ;
constant dans mes affections, et dans ma conduite
je suis infidèle à mes émotions ... .
page 213, s'approcher de l'épilogue ... .
s'autoriser une dernière modification du texte original,
après le passage au temps présent, inverser quelques lignes ... .
ce que j'aime en ma folie, c'est qu'elle m'a protégé,
du premier jour, contre les séductions de l'élite
du coup, ma pure option ne m'élève au dessus de personne :
sans équipement, sans outillage je me suis mis tout entier à l'oeuvre
pour me sauver tout entier
si je range l'impossible salut au magasin des accessoires,
que reste t'il ?
tout un homme, fait de tous les hommes
et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui ... .
jamais je ne me suis cru l'heureux propriétaire d'un talent :
ma seule affaire est de me sauver
- rien dans les mains, rien dans les poches -
par le travail et la foi ... .
ce livre " les mots " de sartre, n'autre jean paul,
a été découvert dans l'édition " folio "
sartre, écrivain de liberté
une liberté pour tous ... .
le dessin est de levine, n'autre david
extrait de ses " caricatures "
page mise en fabrique le jour d'ange, hélène et bienvenue ( 4 )
selon nominis ... .
pour retrouver les volets de l'espace " émotions "
caresser l'épi, présent sur n'autre chemin
sur n'autre chemin de poèmes, de poètes en bohème,
marcher ensemble, en amitié, dans l'onde du poète sartre,
n'autre jean paul et maïté sovet ... .
vers un termitisme renaissant ... .
sentier de termites, parfum de paix ... .
le cahier de l'amitié, vaisseau en partance ... .
vers n'autre île
en
bohème
espace poète ... .