a ... . comme ... .
arthur, la tragédie de
la pureté
" je n'ai point fait le mal
les jours vont m'être légers
le repentir me sera épargné "
au fond de cette enfance que nous avons vue morose,
subsiste cependant, inentamée, une valeur d'éternité
rimbaud ne le sait pas peut être et ne peut en avoir conscience
un moment où son poing chétif de gamin
apprend déjà à se tendre au ciel, en révolte
il la découvre plus tard cette grâce, celle-là même
qui lui a permis d'aimer le ciel nocturne, l'eau verte de la meuse,
l'ombre d'un arbre
un jour, brusquement, il découvre que sa douleur même d'enfant est douce,
" une éternité de chaudes larmes " et que les sentiments amers
dont il se repaît ont au moins le mérite d'être purs de toute compromission
il a été un peu comme les petits mendiants misérables de son poème,
misérables , et cependant comblés
ce jour-là où rimbaud a telle vision de sa jeunesse, marque,
dans cet itinéraire de fuite qu'est sa vie, une première rupture :
aussi grave, selon moi que celle, bien plus célèbre, qui l'arrache
aux lettres et le jette vers des aventures terrestres
il prend à cet instant conscience de la défaillance de ses sentiments
la jeunesse !
il a pu la croire éternelle
et il s'aperçoit soudain des complicités, des mensonges,
de tout ce qu'il y a d'impur et de compromis dans la vie courante,
laquelle est faite d'approximations
pour vivre, ce qu'il fait abandonner,
c'est une certaine intégrité, c'est son enfance
tel est le drame
chacun de nous le vit ou l'a vécu
la crise de l'adolescence n'a point d'autre origine,
et les enfants de quinze ans qui se s ... . rendent,
sans les savoir, à la pureté trahie un témoignage
horrible mais véridique
la vie scandalise l'enfant : c'est un fait
mais c'est un fait qu'arthur refuse
la terrible révolte qui est la sienne ne peut pas s'expliquer par ce mauvais sang
dont nous avons vu la violence
de telles rébellions, la vie a d'ordinaire raison : l'homme se met au pas
mais arthur rimbaud a contre la vie, un grief plus fondamental ;
le jour où il en prit conscience, son destin se noue
à quel moment convient-il de placer cette rupture ?
n'ayant aucun goût pour les énigmes biographiques,
je ne propose pas de date : sans aucun doute faut-il la situer
au point de séparation des premiers poèmes et des illuminations
aux alentours de sa dix septième année
il a eu là, à n'en pas douter, un instant de révélation extraordinaire,
où il a vu son enfance devant lui, figée dans le passé, inentamée,
mais inaccessible, désespérante ... .
" o pureté ! o pureté !
c'est cette minute d'éveil
qui m'a donné la vision de la pureté ! "
ainsi la saison en enfer porte t'elle la trace de cette instant
de cette rupture, il a eu peut être le soupçon, antérieurement,
quand il fait étalage dans soleil et char, par exemple, d'une frénésie,
à la vérité encore un peur mythologique et simplette
mais à partir de ce moment où, pour lui, tout s'ouvre, tout se révèle,
ce drame de l'enfance perdue domine toute son inspiration
il faut, évidemment, se demander pourquoi il a pris conscience de cette rupture
et quel événement l'amène à se découvrir sevré de la pureté
rien, dans son oeuvre, n'élucide d'une façon tout à fait claire cette essentielle
chez presque tous les enfants, ce drame se joue au moment de la puberté,
comme si la pureté sexuelle qui est alors en cause, est en correspondance
avec cette autre pureté, supérieure, des sentiments et de l'âme
peut être une analyse serrée des textes de rimbaud ( et particulièrement
de ces quelques pages mystérieuses, aux allures de rêves,
que sont les déserts de l'amour ), parvient elle à dévoiler
le mécanisme de cette découverte
... .
pour comprendre cas, il faut pouvoir se replacer avec une clairvoyance entière
au moment même où arthur rimbaud découvre la tragédie de la pureté
comment le pouvons nous ?
sur nul point autant que sur celui là, il n'a pris soin de se masquer
... . comme un hommage à cette pureté d'enfance dont la perte le rend douloureux
car à partir du moment où il a pris conscience de cette rupture, tout l'effort
d'arthur va être pour retrouver son enfance perdue
son enfance, c'est à dire le sentiment de plénitude, d'intégrité, d'éternité,
qu'il a possédé, quelques années durant, et dont désormais,
il se sent veuf
" n'eus-je pas, une fois, une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse,
à écrire sur des feuilles d'or trop de chances !
par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? "
toute son oeuvre et particulièrement la saison en enfer,
est pleine de ce désir forcené : c'est ce désir qui sera le mobile décisif
qui le pousse dans la voie de la terrible aventure
où nous ne tarderons pas à le voir engagé
comme nous sommes loin de cette mauvaise humeur, de ces mauvais penchants
qui définissent en lui le garçon impossible, " le voyou " !
cette rébellion aux poings brandis est encore bien innocente :
maintenant il y a quelque chose qu'il ne pourra jamais pardonner
ni au monde, ni à soi-même
c'est cette perte, cette trahison
cette pureté trahie, il va donc chercher à la retrouver
il y a peut être de lieux intacts qui l'abritent
( tel un g ... . ou un s ... . allant la chercher en polynésie )
" la rivière de cassis roule ignorée
en des vaux étranges "
symbole d'une de ces contrés fortunées, véritables paradis, où la pureté d'enfance
subsiste encore
ces régions, il s'agit de les découvrir et d'y aborder
comment ?
c'est là que rimbaud, à son insu, va subir la tentation diabolique
et s'orienter définitivement dans la voie sans issue où il se brise lui-même
révoltes, violence, injures, blasphèmes, pour grave que cela puisse paraître,
cela n'est rien auprès de cette option, plus terrible, devant laquelle il va se trouver
c'est là, la vieille tentation, celle qu'adam connaît au jardin de l'eden
et dont le récit biblique propose le symbole dans le fruit de l'arbre de la science
du bien et du mal

" vous serez comme des dieux dit le tentateur "
nous retrouvons cette phrase, presque mot pour mot,
appliquée par verlaine à rimbaud
" elle est retrouvée
quoi ? l'éternité
c'est la mer mêlée
au soleil "
l'option ici est formulée
pour retrouver la pureté, " l'éternité ",
le poète a choisi de chercher dans la sensation,
dans les sentiments de la vie, dans cette joie pleine
- pleine si l'être sait assez oublier -
que donnent la nature, la mer, le soleil,
tout ce ce qui parle au corps, et à lui seul
cette option est proprement l'objet du drame chrétien
la tenir jusqu'au bout, c'est porter un défi à d ... . :
le défi de n ... . qui le mène à la folie
retrouver la pureté non pas dans la conscience, mais dans ce qui la nie
telle est la tentative d'arthur, comme de quelques autres de son sang
il semble que, quelques temps, d'après son propre témoignage,
il a connu une joie extraordinaire, après qu'il accepte de faire ce choix

la promesse que le maudit murmure à l'oreille du christ, lorsque
l'ayant emporté au sommet de toutes les visions,
il lui montre le royaume dont il lui propose la possession ,
c'est celle-là même que rimbaud entendit et dont, quelques temps, il est enivré
d'ailleurs ce choix flatte en lui tous les penchants, et les pires
il refuse la civilisation toute entière ; il peut s'exalter de refus
il refuse cette complicité lâche de l'être à sa besogne humaine ;
il n'est pas de ce " siècle à mains' qu'il a raillé
ce renoncement qui renonce à rien, le comble,
comme il comble tous ceux qui, sur leur plan, lequel est souvent médiocre,
croient le réaliser
il a l'orgueil de revenir à son état primitif de fils du soleil
cette option décisive se relie à un des thèmes qu'on retrouve le plus
souvent chez rimbaud, thème qui a eu sur lui une efficacité assez grande
pour déterminer l'orientation de la seconde partie de sa vie
c'est ce qu'on peut appeler le thème du retour aux origines
les êtres que hantent ce désir de pureté en quelque sorte animale
connaissent bien cette tentation insidieuse de se déciviliser, de s'évader,
et d'aller retrouver leur vie au sien d'une nature libre,
complaisante, complice
la civilisation moderne multiplie ( il y a plus de 69 ans déjà ... . )
pour nous les difficultés à vivre véritablement,
tout en semblant faciliter la tâche de vivre
gauguin, stevenson, disais-je,
il en est d'autres : rimbaud adulte
ce rêve d'un monde vierge, qu'il a entrevu dans la nuit des temps,
en abyssinie sa haine des européens ( licheurs de petits verres, dit il ),
sa douceur et sa bonté à l'égard des indigènes en témoignent semble -t'il
cela s'accorde, au surplus, trop bien avec le sentiment de rébellion contre la société
qui, depuis son enfance n'a jamais cessé de l'habiter
ce thème d'ailleurs se trouve plus ou moins mêlé chez lui à un autre qui lui
est homologue : au lieu de découvrir l'insaisissable pureté au fond des âges
ou des terres lointaines, ne peut-on l'atteindre d'un bond en avant de l'humanité ?
... .
il envisage : " que les accidents de féerie scientifique et des mouvements de fraternité sociale
soient chéris comme restitution progressive de la franchise première "
jacques ... . a très bien vu le sens de ce thème ( 2 )
si l'on songe aux échecs que toutes ces promesses ont provoqués,
au leurre atroce que représentent les "mouvements de fraternité sociale ",
on ne sait s'empêcher d'y voir une affirmation démoniaque
en avant ou en arrière, au surplus, peu importe : le rêve est en dehors de notre civilisation
et la nie
pour retrouver la pureté, l'éternité,
il faut échapper à nos normes, à nos concepts, à nos disciplines
fils du soleil !
l'oeuvre qui devient la saison en enfer
( à moins qu'il ne s'agisse d'une autre, inconnue,
on ne sait avec exactitude ) n'a t'elle pas failli s'appeler
livre païen ou livre nègre
livre nègre : le mot fait allusion, évidemment, à ce thème du retour aux origines
mais l'autre terme, livre païen, nous donne une autre clef
cette joie dont rimbaud affirme avoir été plein, ne dure pas
dans la saison en enfer, nous assistons à un renoncement
l'homme qui s'est exalté démesurément retombe
désormais, il est amer, malheureux, sachant
que la vie ne lui restituera jamais le paradis perdu,
et que les voies par lesquelles il a essayé d'y parvenir
le conduisent à une impasse ... .
le drame ici se renoue
non pas successivement, mais simultanément,
car ce cerveau extraordinaire embrasse les faits, les idées, les images
avec une rapidité sans pareille
arthur a, au moment où il considère la séparation de sa vie avec son enfance,
pénétré tous les secrets de cette enfance
pour y demeurer, il lui aurait fallu devenir un autre,
se faire d'un autre peuple,
- fils du soleil, encore ! -
il n'a point pu y parvenir
quelque chose se déchire en lui
un ressort cesse d'être tendu
quelle crainte obscure l'arrête ?
il ne nous l'a dit que par phrases allusives
la chanson de la plus haute tour nous en donne comme un vague reflet
oisive jeunesse
a tout asservie
par délicatesse
j'ai perdu ma vie
" par délicatesse ", faut-il entendre par scrupules ?
sans doute " a tout asservie ", ici plus de doute
son asservissement, nous le connaissons
parce que nous retrouverons encore une fois rimbaud
devant le même obstacle, un peu plus tard
c'est maintenant que le mot de livre païen nous éclaire
livre païen,
c'est à dire livre antérieur au christianisme,
à la notion du bien et du mal, à la responsabilité
les nègres, les païens ne connaissent pas ces dilemmes de la bonne
et mauvais conscience qui portent, sur la vie des chrétiens,
leur ombre lourde
voilà ce que se formule l'orgueilleux, le révolté
" l'ange déchu a manqué la sainteté "
il ne lui reste aucun moyen de retrouver ce qui lui est le plus à coeur,
cette éternité dans l'instant, que d'essayer de jeter par dessus bord
la loi du bien et du mal, de manger le fruit interdit
mais en tenant cette gageure nouvelle,
arthur fait un pas de plus vers le désespoir total
( 1 ) que ce drame de la puberté, trop souvent considéré par les parents
et les éducateurs avec négligence, ait tenu une grande place
dans le destin de rimbaud, maintes allusions permettent de le penser
mais sur un tel sujet plus que sur tout autre, l'enfant rebelle demeure masqué
( 2 ) il y a dans les illuminations un motif de la science :
au fond de toutes les visions se dressent ses échafauds,
ses inventions inouïes, sa divinité artificielle
mais elle n'est pas là pour elle même
elle vient prêter son visage à quelque chose de plus secret
qui ne sait pas se révéler tout seul, elle remplace, elle représente,
elle personnifie la virginité
en effet, elle a des ressemblances obscures mais frappantes avec elle
d'abord elle tend à transformer l'avenir dans le sens d'une plus grande rigueur,
d'une exactitude plus parfaite
c'est sans en douer ce qu'arthur se demande :
" se peut-il que les accidents de féerie scientifique soient chéris
comme restitution progressive de la franchise première ? "
les visions de commodités monstrueuses qu'elle entrouvre
( le fantômes du futur luxe nocturne ) ; la vie studieuse, confortable
et sans pitié qu'elle prépare ( apports, féeries et conforts parfaits,
et le bruit, le mouvement, l'avenir qu'ils font )
repose et vertige
à la lumière diluvienne
aux terribles soirs d'étude
en un mot le remplacement qu'elle a entrepris des petites subtilités
et adaptations de la volonté par un automatisme imperturbable
et par le fonctionnement abstrait de toutes-puissantes
machines ( sa solitude est la mécanique érotique,
sa lassitude, la dynamique amoureuse ) :
autant d'images détournées mais systématiquement
exactes de l'intégrité originelle, de la franchise première "
alors pour découvrir le chapitre
rimbaud, le puits de l'abîme
passer la main sur l'image
pour découvrir le début du livre de daniel, l'essai de rops
rimbaud, le drame spirituel
passer la main sur l'image
page mise en fabrique le jour de tino ( 3 )
sur n'autre chemin de poèmes, de poètes en bohème,
marcher ensemble, en amitié, vers n'autre voie de pureté, dans l'onde d'arthur rimbaud ... .
du rimbaldien rops, daniel, maïté titi, marcheurs en absolu,
des poèmes d'alcide bava ... .
vers un termitisme renaissant ... .
sentier de termites, parfum de paix ... .
le cahier de l'amitié, vaisseau en partance ... .
vers n'autre île
en
bohème
... .