les ouvriers ... .

- extraits -

 

 

    l'organisation sociale et économique de la termitière

est beaucoup plus étrange, plus compliquée

et plus déconcertante que celle de la ruche

 

on trouve dans la ruche des ouvrières, du couvain, des mâles et une reine

qui n'est au fond qu'une ouvrière dont les organes reproducteurs

se sont librement développées

 

tout ce monde se nourrit du miel et du pollen récoltés par les ouvrières

 

dans la termitière, le polymorphisme est plus surprenant

 

d'après les classiques de la termitologie,

on compte de onze à quinze formes d'individus issus d'oeufs

en apparence identiques

 

sans entrer dans le détail compliqué et trop technique

de certaines de ces formes que faute de mieux,

on a nommées formes 1, 2 et 3, nous nous bornerons

à étudier les trois castes ( qui du reste comprennent des subdivisions )

et qu'on peut appeler la caste laborieuse, la caste guerrière

et la caste reproductrice

 

dans la ruche, nous le savons, la femelle règne seule :

c'est le matriarcat absolu

 

à une époque préhistorique, soit par révolution, soit par évolution,

les males ont été relégués à l'arrière plan et quelques centaines d'entre eux

sont simplement tolérés durant un certain temps

comme un mal onéreux mais inévitable

 

sortis d'un oeuf semblable à ceux dont naissent les ouvrières,

mais non fécondé, ils forment une caste de princes

fainéants, goulus, turbulents, jouisseurs, sensuels,

encombrants, imbéciles et manifestement méprisés

 

ils ont l'oeil magnifique mais le cerveau très étroit

et sont dépourvus de toute arme ne possédant pas l'aiguillon

de la travailleuse ... .

 

 

    dans la termitière,

c'est une autre pratique qui remplace le matriarcat

 

les ouvriers ... . sont totalement aveugles,

n'ont pas d'armes, n'ont pas d'ailes

seuls ils sont chargés de la récolte,

de l'élaboration et de la digestion de la cellulose

et nourrissent tous les autres habitants

 

hors eux, aucun de ces habitants, que ce soit le roi, la reine,

les guerriers ou ces étranges substituts

et ces adultes ailés n'est capable de profiter

des vivres qui se trouvent à sa portée

 

ils mourraient de faim sur le plus magnifique tas de cellulose,

les uns, comme les guerriers, parce que leurs mandibules

sont tellement monstrueuses qu'elles rendent la bouche inaccessible,

les autres, comme le roi, la reine, les adultes ailés

qui quittent le nid et les individus mis en réserve

ou en observation pour remplacer au besoin les souverains insuffisants,

parce qu'ils n'ont pas de protozoaires dans l'intestin

 

les travailleurs seuls savent manger et digérer

quand un termite, à quelque classe qu'il appartienne, a faim,

il donne un coup d'antenne à l'ouvrier qui passe

 

aussitôt, celui-ci fournit la cellulose au solliciteur en bas âge,

c'est à dire susceptible de devenir roi, reine ou insecte ailé,

idem si le quémandeur est adulte

 

on le voit, c'est le communisme intégral

 

le nettoyage est automatique et toujours profitable

tout est bon, rien ne traîne, tout est comestible, tout est cellulose

 

leurs galeries, par exemple sont intérieurement polies

et vernissées avec le plus grand soin

s'agit-il de fabriquer un tuyau, d'étayer un cheminement,

de construire des cellules ou des loges,

d'édifier des appartements royaux, de réparer une brèche,

d'obturer une fissure

par où peut se glisser un filet d'air frais, un rayon de lumière,

choses entre toutes épouvantables,

c'est encore à la cellulose qu'ils recourent

 

 

    on dirait qu'ils sont avant tout des chimistes

transcendantaux dont la science a surmonté tout préjugé,

qui ont atteint la sereine conviction que dans la  nature ... . 

tout se ramène à quelques corps simples, chimiquement indifférents,

propres et purs

 

 

en vertu de la surprenante faculté de commander aux corps

et des les transformer selon les tâches, les besoins, et les circonstances

que possède l'espèce, les ouvriers se divisent en deux castes :

les grands et les petits

 

les premiers pourvus de mandibules plus puissantes,

qui croisent leurs lames comme des ciseaux,

vont au loin, par les chemins couverts,

dépecer le bois et autres matières dures,

en vue du ravitaillement

 

les seconds, plus nombreux, restent à la maison

et se consacrent aux oeufs, aux larves, aux nymphes,

à l'alimentation des insectes parfaits, à celle du roi et de la reine,

aux magasins et à tous les soins du ménage

 

page mise en fabrique le jour de david et de bonaventure (3)

 

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