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madman, le fou ... .
vous voulez savoir comment je suis devenu fou ?
voici comment cela arriva :
un jour, bien avant que de nombreux dieux ne fussent nés,
je me suis réveillé d'un profond sommeil et vis que tous mes masques
- les sept masques que j'avais façonnés et portés au cours de mes sept vies -
avaient été volés
j'ai couru, sans masque, dans les rues, encombrées en criant :
voleurs, voleurs, maudits voleurs !
hommes et femmes se moquèrent ; certains, effrayés de ma présence,
s'enfermèrent chez eux
lorsque j'arrivai à la place du marché, un adolescent,
debout sur un toit, s'écria : c'est un fou !
j'ai levé les yeux pour le regarder ;
le soleil embrassa mon visage, nu pour la première fois,
mon âme s'enflamma d'amour pour le soleil et je ne voulus plus de mes masques
et, comme en transes, je criai : bénis, bénis soient les voleurs
qui m'ont volé mes masques !
ainsi je devins fou
dans ma folie, j'ai trouvé liberté et quiétude ; la liberté de la solitude
et la quiétude des incompris, parce que ceux qui nous comprennent
asservissent quelque chose en nous
pourtant, je n'ai pas à tirer vanité de ma quiétude :
un voleur en prison est à l'abri d'un autre voleur ... .
rafic nous fournit quelques explications
dans sa traduction sur ce texte de gébrane
le premier jalon qui mène au savoir du prophète est planté par le fou :
personnage sensible, pitoyable, humain, mais " autre "
fort de sa différence, il se sent solidaire des hommes dans le divin ... .
menant la ronde éternelle des âmes ... .
et croissant avec l'éternel dans une perfection toujours renouvelée,
toujours plus difficile à atteindre
... .
pour le fou,
la vie est donc ce que nous expérimentons dans nos esprits,
et l'existence est ce dont nous sommes convaincus, ce que nous vivons
et qui nous réjouit ou qui nous fait souffrir ; c'est aussi ce qui transporte l'esprit
par delà la compréhension et qui est plus précis que le sentiments
c'est la pensée abstraite qui épouse le moi et l'élève au-dessus du marasme quotidien
et qui lui permet de contempler les rayons du soleil, de nager dans l'eau pure,
de méditer sur le spectacle divin en soi et hors de soi
il ne faut pas se plaindre de la vie réelle, mais l'accepter :
car celui qui se plaint doute de l'existence ;
il faut vouloir les souffrances pour être fier de les dépasser
et les vicissitudes de la vie, qui vous obligent à avaler des portions amères,
pour vous réjouir du jour qui éclairera votre moi profond ;
il faut agréer les clous qui pénètrent dans la poitrine
et les doigts de fer qui déchirent le coeur parce qu'ils savent ce qu'ils font
en s'arrêtant à l'apparence, on s'écarte des chemins du " moi ",
ce moi qui apprend à admirer la beauté cachée sous la forme, la couleur et le teint,
et qui pousse à fixer lucidement la moindre parcelle de vie parce qu'elle est beauté
le visible ne permet de voir de la bougie que la partie qui fond,
et de la flamme, que le reflet qui vacille
le moi qui est capable de dépasser le réel ne mesure plus le temps,
il considère que le passé est à jamais révolu et que l'avenir est désir ;
c'est le moment présent qui renferme le temps entier
tout ce qu'il y a dans le temps, la durée éternelle, l'homme éternel ;
le prophète dit à l'astronome : mais l'intemporel en vous est conscient
de l'intemporalité de la vie
et il sait que l'hier n'est que le souvenir d'aujourd'hui
et que le lendemain n'est d'aujourd'hui que le songe "
... .
dans le fou, le narrateur conte son histoire pour nous apprendre
comment il est devenu fou : les sept voiles qui le couvraient, dit-il, lui ont été volés ;
c'est alors qu'en regardant le soleil, il en a senti la chaleur et il a brûlé d'amour ;
sa nudité lui est devenue indifférente : dans ma folie, remarque -t'il, j'ai trouvé la liberté
et le salut à la fois
un homme a donc compris son âme et a voulu vivre en vérité avec lui-même ;
mais les interlocuteurs qui ne comprennent que les apparences
l'ont considéré comme fou
si quelqu'un entend les cris de son coeur et les appels de son âme,
nous disons de lui :
c'est un fou ... .
or dans sa folie, il s'est retrouvé et il s'est uni avec lui-même
grâce à l'interposition du soleil
entre lui et les autres hommes
ce soleil de l'amour qui l'a étreint a permis la mise en oeuvre
d'une sorte d'ordination, de rituel
qui met le fou à l'abri
et le protège de la méchanceté des autres hommes
le soleil symbolise bien l'esprit, le sentiment de soi et , par conséquent,
le monde transcendant de la perception spirituelle directe
le fou sent qu'il n'est pas dément : il est partout, il est d'une essence divine,
car il est vie ... .
reprenons le chemin de gébrane avec " mon ami "
mon ami, je ne suis pas celui que je parais
mon apparence n'est que l'habit que je porte, un habit, soigneusement tissé,
qui me protège de tes questions et te protège de ma négligence
ami, le " je ", demeure dans la maison du silence,
et là, il restera à jamais, inaccessible, inabordable
je ne voudrais pas que tu croies en ce que je dis, ni que tu aies confiance en ce ce que je fais,
parce que mes paroles ne sont que l'écho de tes propres pensées
et mes actes l'écho de ton désir d'agir
quand tu me dis : le vent souffle vers l'est,
je dis : oui, il souffle vers l'est,
parce que je ne veux pas que tu saches que mon esprit
n'a pas la légèreté du vent, mais la profondeur de la mer
tu ne peux pas comprendre mes pensées profondes
et je ne veux pas que tu les comprennes
je voudrais être tout seul avec la mer
quand c'est le jour pour toi, mon ami,
c'est la nuit pour moi, même si alors je parlais à l'heure de midi
qui danse sur les collines et de l'ombre pourpre qui se glisse à travers la vallée ;
parce que tu ne peux pas entendre les chants de mon obscurité,
ni voir mes ailes battre aux étoiles,
et je suis trop heureux que tu ne puisses me voir ou m'entendre
je voudrais être tout seul avec la nuit
quand tu montes vers ton ciel, je descends vers mon enfer ;
même si tu m'appelais, à travers le gouffre infranchissable :
mon compagnon, mon camarade,
je ne voudrais pas que tu voies mon enfer
la flamme brûlerait ton regard et la fumée encrasserait tes narines
et j'aime trop mon enfer pour t'y recevoir
je voudrais être tout seul en enfer
tu aimes la vérité, la beauté et la vertu,
et moi, pour te faire plaisir, je dis qu'il est convenable de les aimer
mais, dans mon coeur, je me ris de ce que tu aimes
pourtant, je ne voudrais pas que tu ms voies rire
je voudrais rire tout seul
mon ami,
tu es bon, et prudent, et sage ;
bien plus, tu es parfait, c'est pourquoi je m'adresse à toi
avec sagesse et circonspection
et pourtant, je suis fou
mais je masque ma folie
je voudrais être fou tout seul ... .
continuons sur le sentier de gébrane
avec l'astronome ... .
à l'ombre du temple, mon ami et moi vîmes un aveugle assis seul
et mon ami dit : " regardez l'homme le plus sage de notre pays "
alors je quittai mon ami et m'approchai de l'aveugle et le saluai
et nous conversâmes
au bout d'un moment, je dis : pardonne-moi ma question ;
mais depuis quand êtes-vous aveugle ?
depuis ma naissance, répondit-il
je dis : et quel chemin de sagesse suivez-vous ?
il dit : je suis astronome
il plaça alors son bras sur sa poitrine disant :
j'observe tous ces soleils, ces lunes et ces étoiles ... .

ces textes sont de gébrane, connu aussi sous le nom de khalil gibran
né à bcharri au liban puis émigré aux états unis, avec sa famille,
sans son père
il compose le fou en anglais avec le précieux soutien de mary
les images sont issues de l'aquarelle " appeal to the spirit "
écrire cette formule " les mains ... . les yeux ... . "
depuis quelques jours sur le cahier, sur plusieurs pages :
les mains au coeur, les yeux au ciel ... .
en alliance, en union
et découvrir là, sa réalité dans cette aquarelle ... .
nul masque possible au coeur
aux couleurs du livre de gébrane, aux couleurs du cahier
n'autre bouquet bleu rose ... .
comme un écho
au bleu des yeux
au rose de warda
comme une onde
ces coïncidences pour certains
des synchronicités pour d'autres
n'autre voie qui se dessine au fil des pages
au fil des mots, dans le bleu de l'océan, miroir du ciel
au fil de nos pensées, dans la rose du coeur, miroir de l'amour
jours après jours, nuits après nuits
une seule vague, celle de l'âme
un seul trait, celui du boh'aime ... .
madman, tous les instants
aimer à la folie ... .
madman, une vie
pour un amour fou ... .
madman, pour l'éternité
fou d'amour ... .
madman
aimer bleu, aimer rose ... .
madman
aimer m .... . m ... .
page mise en fabrique le jour de marina ( 3 )
dont l'étymologie latine est mare, la mer
la mer, autre sujet du livre de gébrane avec deux chapitres sous un titre, le même :
" la plus grande mer "
déguisée en garçon, marina entre au monastère ... .
et cela ne s'invente pas non plus ... .
livre édité aux éditions naufal
sous le titre original the madman
the m ... . m ... .
sur n'autre chemin de poèmes, de poètes en bohème,
marcher ensemble, en amitié, vers une voie de pureté, dans l'onde de gébrane ... .
vers un termitisme renaissant ... .
sentier de termites, parfum de paix ... .
le cahier de l'amitié, vaisseau en partance ... .
vers n'autre île
en
bohème
espace poète ... .